Mardi 22 avril 2008
!Hola companeros!

Malgré ce long silence, nous nous portons très bien ! Comme vous vous en doutez, nous continuons de faire des choses extraordinaires, par exemple en ce moment, Lénaïc ne boit plus que du maté pendant que je fais ma cure de raisin annuelle… Bon, normalement, la cure de raisin, c’est à l’automne à la saison du raisin et quand il n’est pas cher mais j’avais pris un peu de retard car voilà maintenant un an que j’enchaîne printemps-été (France), printemps-été (Nouvelle Zélande) puis été (Chili). Donc voilà enfin un automne chilien avec une pluie timide qui commence à se montrer tout doucement et du raison en abondance à moins de 30 centimes d’euros le kilo… Le moment idéal donc pour faire une petite cure pas chère… (Pour l’explication de ce qu’est le maté, je n’aurais pas la prétention de la donner ici : je vous conseille vivement de consulter le blog de Marine et Pauline en Uruguay (cliquez ici) : impossible de trouver un exposé plus clair sur le maté !) Et pendant ce temps, nous nous parlons toujours en Espagnol, plus un mot de Français, plus jamais, c’est fini ! (J’en viens à me demander si on arrivera à se reparler Français un jour…).

Ouais, je vous vois venir là : « Mais il sont FOUS ces deux là ! » Ben peut-être bien… Mais comme le dit si bien Paulo Coelho dans Véronica décide de mourir (livre bouleversant que je conseille à tous en passant), difficile de savoir qui sont les réels fous dans ce monde… Mais je m’égare là, le but n’était pas de vous entraîner dans mes digressions philosophiques mais de vous conter ce qu’il se passe de merveilleux dans notre vie chilienne.

 

Je m’exécute donc en commençant par expliquer ce titre étrange : « Nguillatun » (avec un accent sur le u normalement). Mais c’est quoi ce mot bizarre ?... Ethymologiquement, « tun » avec l’accent sur le u signifie réunion, cérémonie en mapudungun, la langue des mapuches (qu’ils ne parlent plus d’ailleurs, à part quelques anciens) et « Nguilla », ben je sais pas, désolée…

Mais qu’est ce que c’est un Nguillatun ? Et bien un Nguillatun, c’est une cérémonie mapuche, la cérémonie la plus importante de l’année, pendant laquelle les communautés voisines se réunissent pour demander aux dieux de la nature des bonnes récoltes pour l’année à venir : pluie, fertilité de la terre, bon ensoleillement, fertilité des animaux, etc. C’est une cérémonie plutôt fermée mais les membres de la communauté peuvent inviter des personnes extérieures aux communautés (invitations limitées). Et par une cascade d’événements qui a pris naissance dans un bus en revenant de l’ascension du volcan à Pucon (morale de l’histoire : ne jamais hésiter à taper la causette à ton voisin de bus, même si t’as la flemme et que t’as envie de dormir…), me voilà invitée à un Nguillatun…

Petite parenthèse sur le voisin de bus quand même : il s’appelle Milton, a vécu un an en France donc après m’avoir laissé lutter désespérément pour tenir une conversation avec les 3 mots de vocabulaire espagnol que j’avais alors, il s’est décidé à me dire avec un petit sourire et un Français parfait, « Tu sais, moi aussi je parle français ! ».  Bon, depuis, on ne le quitte presque plus, il nous a bien aidé à nous plonger dans la vie étudiante et nocturne de Temuco et à son grand désespoir, on refuse de lui parler Français, jejeje (rire écrit en espagnol).

 

Mais revenons en au Nguillatun, comment ça se passe ?

Et bien déjà, il faut prendre une voiture (merci aux gens qui invitent et qui en plus ont une voiture…) et aller très loin dans la campagne, dans un lieu bien paumé… Et là, quand tu te dis que vraiment il ne peut rien se passer par là, et bien tu te rends vite compte que tu te trompes… Te voilà nez-à-nez avec « un monton » de gens réunis au milieu d’un cercle formé de petites cabanes de bois et branches construites pour l’occasion (« un monton » = beaucoup, mais vraiment PLEIN, on aime beaucoup ce mot avec Lénaïc car il rebondit, c’est très marrant à dire : ça se dit pas ‘hein monton’ à la française mais ‘oun monton’ en rebondissant sur les ‘o’, ouais bref j’me comprends…). Donc « un monton » de gens sont là à danser devant un totem fait de bois, de branches d’arbres sacrés et de drapeaux des communautés plus un drapeau noir pour demander la pluie au pied duquel se trouve la machi. Plutôt impressionnant.

Mais on n’entre pas comme ça dans le site, il faut montrer patte blanche et se présenter (ou se faire présenter dans mon cas) au chef de la communauté qui accueille le Nguillatun sur ses terres. Le chef, comme tous les hommes importants de la communauté porte un bandeau de laine et un poncho comme tout le monde, il s’avance vers toi un peu intrigué au début, (mais qu’est-ce qu’elle vient faire là cette gringa ?) mais une fois les présentations faites, il se déride et accepte de t'accueillir dans le Nguillatun en te peingnant une trace blanche sur une joue (qui symbolise le beau temps) et une trace noire sur l’autre joue (qui symbolise la pluie). Vous pouvez faire le rapprochement avec le Ying et le Yang si vous voulez comme deux notions complémentaires et vous demander si il y a un lien et vous prendre la tête comme moi, en tous cas, ce que je peux vous dire c’est que la peinture est faite à base de farine et d’eau (la meilleure recette pas chère pour la colle, bien connue de tous les militants poseurs d’affiches de campagne ; pour les affiches, un petit truc de grand-mère (non c’est pas ma grand-mère qui m’a donné cette recette je vous rassure) : vous pouvez aussi ajouter du verre pilé à la mixture pour décourager les arracheurs d’affiches, ben oui, c’est pas super agréable de se faire déchirer les bouts des doigts, surtout que c’est sensible le bout des doigts…) bref la peinture faite à base de farine et d’eau et ben ça colle ! Donc ça arrache bien les poils pendant la journée... Je sens que je vais jamais arriver au bout de cet article qui est déjà interminable… Et puis je peux même pas mettre des photos pour aérer pasque pas question de prendre de photos, ce serait voler l’âme du village et de leurs dieux et je vous avoue qu’en unique gringa blonde de l’assemblée, j’avais plus envie de passer inaperçue que de sortir mon appareil pour voler l'âme du village... (en vrai, l’idée de prendre des photos ne m’était même pas trop venue à l’esprit, j’avais plutôt envie de profiter de l’atmosphère de tout ça).

Bon mais je vais quand même mettre des photos pour les gens qui sont arrivés jusque là (Bravo à eux !…) donc je m’autorise à utiliser google image pour une fois (ben si, c’est la première fois ! Quoi, vous n’y croyez pas au Puma qui nous a sauté dessus ? Ben vous devriez surtout savoir qu’ensuite, Lénaïc nous a sauvé en l’étranglant à mains nues puis lui a arraché le cœur encore battant avec les dents !)

 

 

Bon alors c’était pas du tout comme ça : on était tous regroupés au centre et des chevaux tournaient autour de nous et à la fin, quand la machi entre en transe pour communiquer avec les esprits, les cavaliers tournent de plus en plus vite autour de l’assemblée et avec le muday (alcool de blé) et autres substances qui circulent pendant la cérémonie, (ben oui, faut bien s’hydrater !), tout ça est vraiment très fort et donne un peu le tournis…

 

 

Là, la femme à droite pourrait bien être une machi avec son petit tambour (vous me direz celle de gauche aussi mais elle, elle me paraît un peu jeune…). En plus, les femmes portaient des bijoux qu’on ne voit pas sur cette photo : des colliers et bandeaux faits d’ENORMES pièces d’argent qui doivent peser 3 tonnes et font un bruit d’enfer dès qu’elles font un mouvement. Un jour Lénaïc vous expliquera l’origine de ces bijoux car là il faut vraiment que j’écourte…

 
Le Nguillatun dure environ 3 jours et le dernier jour, après la cérémonie, a lieu le partage de nourriture entre les communautés. Et comme c’était le dernier jour de la cérémonie, j’ai donc eu la chance (?) de participer à ça. Chaque famille a construit sa cabane en bois devant laquelle un « asado » (« asao » en chilien : souvenez-vous, on ne prononce JAMAIS l’avant-dernière lettre d’un mot si c’est un consonne entre deux voyelles), un barbecue a fonctionné toute la matinée. La fille qui nous a invité était elle même invitée dans une famille donc de ce fait nous aussi, nous nous asseyons donc à table dans une cabane et nous nous laissons servir : une ENORME assiette de « casuela », le plat typique d’ici (légumes et viande dans un bouillon et beaucoup de feuilles de coriandre), avec 2 gros morceaux de porc. Je me souviens donc de ce que Milton m’a dit : surtout, tu ne refuses rien de ce qu'on t'offre ! Donc nous mangeons tout. Une fois que nous avons fini, un homme nous lance : « ce n’est que l’entrée ! » « !Jejeje, que broma! ». Mais il se trouve que ce n’est pas du tout une blague ! Je regarde ébaillie l’assiette suivante arriver : deux énormes morceaux de bœuf (mais quand je dis énorme c’est vraiment énorme genre l’équivalent d’une petite côte de bœuf…) au milieu de divers légumes verts et patates. Puis une troisième assiette arrive (si si !) : du cheval cette fois si je me souviens bien, et là, vue le regard désespéré que je lance à Milton (invité aussi), il me tend un sac en plastique : « Tiens, t’en ramèneras à la maison». Sauvée donc, c’est pas que j’aime pas la viande mais on a tous nos limites… Tout ça arrosé abondamment de Chicha et de vin bien évidemment… Le plus drôle, c’est qu’en se traînant tant bien que mal hors de la cabane, Milton me glisse à l’oreille : « Il y a encore 2 invitations ! » ??Que?? !O no!, !no puede ser!... Et ben si, on remet encore ça 2 fois mais je vous rassure, tout le monde a recouru à son doggy bag… A si y avait encore plus drôle : une des autres gringas (pas blonde) invitées avec moi était une allemande… végétarienne. Je trouve ça vraiment très drôle, bon elle un peu moins… 

Et pour digérer tout ça, j’ai même eu droit à un petit tour à cheval dans la campagne environnante à force de regarder pendant un quart d’heure avec des yeux de gamine un superbe cheval noir… Son propriétaire a fini par me demander : « Tu sais monter ? » « Heu, peut-être… »

Et voilà, cet article se termine enfin, heureusement qu’il n’y en a pas un tous les jours… Mais rassurez-vous, le prochain sera sûrement dans un mois et il n’y aura que des photos, ça vous laisse le temps de lire tout ça.

Une superbe expérience en tous cas : c’est bien beau de lire des choses dans les livres mais c’est autre chose de les vivre… Ou comment en apprendre plus sur la culture Mapuche en un jour que depuis les 2 mois passés ici ?

Une petite note de réalisme tout de même : si la plupart des communautés mapuches continuent à célébrer le Nguillatun, cette fête devient de plus en plus une des dernières cérémonies encore célébrées. Nous nous rendons malheureusement compte que la culture mapuche s'éteint doucement avec ce peuple dont les droits et les terres ne sont toujours pas reconnus malgré des années de lutte et de revendication et avec l'influence d'autres religions amenées par les colons. Par exemple, dans une des communautés dans laquelle nous sommes allées, plus de 50% de la population est évangéliste et considère les kueles et toutes les croyances qui y sont attachées comme sataniques.

!Hasta luego!

 


 


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Commentaires

aaahhh ouf tu 'nes pas morte Bout'!
Je suis aussi contente d'en savoir plus sur Milton qui m'a quand même ajoutée en pote sur Facebook. Je l'ai accepté car au milieu de ce qu'il disait en espagnol j'ai reconnu "Bout'" (hhihi même les chilien t'appellent Bout'!) et aussi parceque milton c'était un village paumé au Sud de Dunedin. Bref contente de voir que tu vas bien, profite et rdv cet été (ton millième été!) pour faire du surf! D'ailleur bravo pour ton planning de césure 100% été, c'est mieux que faire hiver-printemps, hiver-printemps, hiver-printemps.
Commentaire n°1 posté par mouille le 23/04/2008 à 10h24
Waaah la chance d'avoir vu ça ! J'avais jamais vu le mot écrit, alors je pensais pas qu'il y avait un N au début.
J'ai mieux que Mouille comme planning : automne hiver en france en 2A, automne hiver au Chili, re automne hiver en France. Je vis maintenant mon 1er printemps en 2 ans !
Je plains l'allemande, je pense que j'aurais vécu la même chose... aussi mal...
Prenez-bien soin de Tequila ! Mil besitos chiquillos, que les vaya bien !
Commentaire n°2 posté par Gwen le 23/04/2008 à 12h49
hahaha cest trop marrant cest le message le plus long que jai jamais vu ! moi je dis, meme si je suis pas a fond dans "lechange des cultures", que la sur le coup t'as plutot eu de la chatte, ca a vraiment lair bien ; moi ce que je prefere c'est les machis... a la fete ou j'etais alle a puerto, la machi etait trop nulle, tout le monde sen branlait d'elle, elle etait juste posee comme une merde au milieu. jaimerais vraiment voir ce que ca donne en transe. est ce que elle hurle des trucs en mapuche quand elle est en transe ?
Commentaire n°3 posté par Fabien le 23/04/2008 à 20h43
Hé ben, sacré récit vraiment attrayant ! Ca donne envie de passer vous rendre visite. C'est amusant, cette fête du Nguillatun, ça me rappelle les cérémonies et fêtes des rites initatiques des Diolas que j'ai vu en Casamance au sud du Sénégal ! Commes quoi...
Commentaire n°4 posté par Maëlis le 25/04/2008 à 23h01
OH ! une ligne m'a mis l'eau à la bouche !! J'espère que nous aurons droit un jour à la vie nocturne de TEMUCO, grâce à Milton ... L'impatience me prend !
Mais ne vous y trompez pas,  je n'en apprécie pas moins les balades, les rencontres, et les magnifiques photos de payages extraordinaires, coincés dans cette étroite bande de terre insolite que représente le Chili dans ce continent lointain, ou nous avons chance de vous apercevoir pour de vrai !!!!
S'il vous plaît, aidez les Mapuches à rester parmi nous.
Commentaire n°5 posté par monique j. le 26/04/2008 à 16h43
Merci pour cet apercu incroyable, quelle chance tu as eu de pouvoir y participer... si j avais été Lenaic j aurais été plutot jalouse, comment se fait ce qu il n ait pas été invité ??
En tout cas, tu justifies par ce message mon besoin d écrire des posts trèèèès long aussi, c est qu ici quand il se passe des choses, on a envie de les faire partager...

Mille baisers d un pays voisin, mais différent ;)

Marine et Pauline.

PS nous aussi on s est mises au maté, d ailleurs demain le NOTRE est pret et curé !!! (on est flattées par la pub pour notre blog....)
Commentaire n°6 posté par Marine le 28/04/2008 à 01h35
ouahhhh, 10 kg de viande en un repas, je suis trop jalouse !!!
J'ai tout lu jusqu'au bout, j'ai ete bien sage, je peux en avoir un bout ??? est ce que tu remarques aue j'ai ecrit bout 2 fois ? C'est marant vu que c'est ton surnom, bon en fait non c'est pas marant... Enfin voila je pars 2 semaines en vac et pendant ce temps la, les gens s'empiffrent, c'est du propre...
Bon je dois bosser un peu quand meme... c'est pas le tout de partir en vacances...
plein de bisoux !
Commentaire n°7 posté par bouclette le 28/04/2008 à 03h37
que bellas fotos, saludos amigos mios, hasta pronto
un gusto compartir con uds
abrazos¡¡¡
Commentaire n°8 posté par crist carter le 18/07/2008 à 12h49

  
  
  

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