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Dimanche 6 avril 2008
Bonjour lecteurs,
Aujourd'hui, je m'en vais vous conter une petite balade qui mérite bien son article.

Revenons donc deux semaines en arrière avec un grand WE de Pâques pendant lequel nous décidons de partir marcher 3 jours, pour changer. Nous voilà donc partis, pleins d'énergie et de bonne humeur, avec un petit groupe de 6 frenchies (et ben oui, on va quand même pas parler espagnol les WE non plus ! Non en fait, on a bien proposé à des Chiliens qui nous ont tous dit "Ouais OK, trop bien, bonne idée" et qui à 1h du mat. le jour du départ nous disent que ben non en fait, ils ont autre chose de prévu. Mais on s'y fait, les Chiliens sont fidèles à leur réputation de faire des faux plans tout le temps). Préférence nationale oblige donc (coucou Nico), nous voilà donc partis, 5 INAPEDIENS et un cousin d'INAPEDIEN (bon ça va, on l'a accepté mais c'est bien pasqu'il a un peu de sang noble !), 2 de Santiago et 4 de Temuco car oui, tenez vous bien, en plus de nous deux et Claire, une nouvelle recrue est arrivée à Temuco avec sa très grosse voix : Jérôme grosse voix est maintenant parmis nous !


Mais il ne nous fera plus longtemps le plaisir de sa présence à Temuco car il est parti vivre à Puerto Savedra : une sombre histoire de micro crédit.

Nous voilà donc partis, tentes et vivres pour 3 jours de balade qui nous ont offert un peu plus d'aventure que prévu... Le premier jour commençait pourtant plutôt bien avec encore une fois sa dose de belles choses à voir (dont BEAUCOUP de lacs!).







Puis le soleil commence à baisser dans le ciel, c'est joli, ça fait une jolie lumière et des jolies photos !



Mais coucher de soleil, ça veut aussi dire que le soleil se couche hein ! Donc que la nuit commence à tomber, alors on accélère un peu le pas pasqu'il faudrait quand même arriver au campement avant la nuit. Mais sans s'en rendre compte, les écarts se creusent et deux petits groupes de 3 se forment alors. Au dernier croisement avant le campement, notre petit groupe (Lénaïc, Jérôme et moi) se décide enfin à attendre le reste de la troupe (Claire, Marie et Ghislain). Nous nous asseyons donc tranquillement et commençons à blaguer pour faire passer le temps : "Hahaha, ils se sont peut-être fait bouffer par un Puma !"


"hahaha, trop drôle". Mais au bout de 10 minutes, on trouve plus ça si drôle. SUPER LENAÏCO part donc en courant à leur recherche. Nous, on reste là pour garder le sac de Lénaïc, c'est important hein, on va quand même pas aller avec lui. Donc Jérôme continue ses blagues avec sa grosse voix pour détendre l'atmosphère et moi je rigole, comme d'hab mais après encore 10 minutes, plus trop car cette fois, la nuit est vraiment tombée et on a beau appeler Lénaïc, même avec la TRES grosse voix de jérôme, Lénaïc ne répond pas. Donc on attend encore et super Lénaïco finit par revenir... tout seul. Il a lui aussi appelé, appelé, mais pas de réponse, rien, les autres ont disparu. Et bien sûr, dans ces moments-là, le portable ne passe jamais hein. Nous repartons donc à la frontale à la recherche du campement, avec un peu de chance, ils ont pris un raccourci et on les retrouvera là-bas (le problème, c'est que vu la configuration de la vallée, le raccourci, c'est droit dans le torrent...). Nous arrivons donc au campement, désert, c'est juste un endroit plat avec de l'herbe au bord de la rivière. Nous décidons alors de suivre la rivière vers le bas car de plus haut, on pouvait voir une petite cabane. Les autres ont peut-être pensé que c'était le campement et sont peut-être allés jusque-là. Mais la rivière se perd dans des marécages et puis il fait vraiment très noir... "Hé les gars, si on retournait au campement, au moins on serait au sec pour dormir... Non ?" Donc nous décidons de rebrousser chemin pour éviter de nous perdre à notre tour. Le détail intéressant étant que les 2 tentes se trouvaient avec l'autre groupe... Nous faisons donc l'inventaire de nos sacs : les piquets d'une tente, des fruits, des gâteaux, une couverture de survie (merci papa) et de l'eau, de l'eau et encore de l'eau. Nous allons donc passer la nuit dehors, perdus au milieu de nulle part, quelque part dans les Andes et nos compagnons sont tombés dans un trou et nous n'avons aucun moyen de les retrouver... Mais au moins, on a de l'eau ! Toujours utile quand on est à côté d'une rivière...


Lénaïc n'a même pas de sac de couchage, il l'avait troqué contre des bouteilles d'eau... Mais il n'est pas pour autant déstabilisé, et même au contraire : comme la nuit s'annonce plutôt longue et très fraîche, nous partons à la recherche de bois pour faire un petit feu et SUPER LENAICO métamorphosé en homme des cavernes prend les choses en main et parvient à allumer un beau feu sans papier (Shmitt et La Denrée, on vous attend l'année prochaine au bassin des Anglais...) !!!



Nous nous préparons donc à passer une nuit de trappeurs sous un magnifique ciel étoilé et en fait, on trouve ça plutôt chouette comme expérience mais on est quand même très inquiets pour le reste du groupe et la voix de mon papa résonne dans ma tête : "En montagne, on ne se sépare JAMAIS, JAMAIS !"  Et j'ajouterais même "surtout quand la nuit tombe, que le sentier n'est pas bien marqué et qu'il n'y a qu'une seule carte, hein Morgane !"... Nous étions donc tous les trois un peu plongés dans nos pensés, un peu déconnant quand même, pour le moral, quand SUPER LENAÏCO entend des voix. En effet, des voix et des lumières s'approchent. Ce sont les autres qui arrivent, par les marais... Mais comment nous ont-ils retrouvés ??? La réponse arrive vite : en fait, ils étaient bien allés jusqu'à la cabane, suivant un sentier de vaches qu'ils avaient pris pour le sentier. Ils s'étaient donc retrouvés chez un charmant Mapuche qui leur a même proposé à manger et de passer la nuit chez lui mais nous sachant sans tentes, ils ont préféré nous retrouver et ont demandé à leur hôte de les guider jusque-là. Tout est bien qui finit bien donc, bonne session de rigolade et repas meilleur que ce que nous nous préparions à manger pour fêter ça. (ha les bons Français...)


Ca va mieux !



Nous apprécions alors d'autant plus les 2 jours suivants et on prend PLEIN de photos de groupe tellement on est contents d'être tous ensemble ! (On rencontre même un Américain qui nous trouve tellement cools qu'ils décide de rester avec nous et même si aucun d'entre nous ne sait encore parler Anglais (mais un genre d'Hispanglais horrible), un Américain c'est pratique pour prendre des photos de groupe.)





Et pendant que nous nous baignons dans des sources d'eau chaudes,


que nous risquons encore notre vie en empruntant des ponts douteux,


pendant que l'Américain drague Claire,


et que nous batifolons dans l'eau gelée pour nous rafraîchir un peu,


Lénaïc, dont la vraie nature fut réveillée par les aventures de notre première nuit, continue de communier avec les éléments naturels en ces temps pasquaux.


Nous l'avons même surpris en train de marcher sur l'eau...



Mais serait-il ?...
Non, allez, à la prochaine !


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Mardi 1 avril 2008

        Voilà deux jours que l’on ne parle plus français entre nous ! À part quelques oublis de temps en temps lorsque la langue maternelle ressurgit spontanément, cette fois ça y est, nous nous sommes vraiment lancés dans le castillan, nous allons donc nous parler chilien à tout jamais. Car le français, y en a marre.
        Au début c’était difficile. Nous avions déjà essayé en arrivant, mais il faut bien avouer que, d’une part nos discussions étaient peu fournies, et que d’autre part les rares échanges que l’on arrivait à soutenir étaient à mourir d’ennuie.
        “¡Oh qué tiempo fresco!
        -    ¡Si, es verdad!
        -    Heuuu, ¿Y tu quieres comer?
        -    Si, vamos a comer.”
    Voilà donc à quoi ressemblaient nos échanges en espagnol il y a quelques temps, le tout suivi d’une heure de silence car de toute façon il était trop difficile d’exprimer ce que l’on aurait voulu dire…
        Mais ces temps sont révolus. Comme le dit si bien Bout’ : « ¡Basta de francés! », car à présent nous avons compris suffisamment de subtilités sur la langue du Chili qui, comme tu le sais peut-être, présente bien des particularités. Les Chiliens prétendent avec fierté que ces caractéristiques linguistiques leurs proviennent de leur isolement par rapport aux pays voisins, grâce à des barrières naturelles : le désert d’Atacama au Nord, la cordillère d’un côté et l’Océan de l’autre sur toute la longueur, et la Terre de Feu gelée au Sud.
        Quelques-unes des règles les plus importantes à suivre pour parler chilien sont donc les suivantes : ne pas prononcer la dernière lettre d’un mot si c’est une consonne, et d’ailleurs ne pas dire non plus l’avant-dernière lettre si c’est une consonne entre deux voyelles. Articuler quelque chose du genre « jhh » pour tout «s» placé devant une consonne, placer un peu partout quelques « mots-ponctuation » tels que « oye, mira, claro, po, ya, hueon, cachay ». Dire le tout en augmentant constamment la tonalité de la voix, pour finalement terminer la phrase en accentuant fortement l’avant-dernière syllabe. Bref, voilà donc ce que ça donne aujourd’hui :
        “Ah que tiempo frejhhco acá hueeeon.
        - Siii po ¡qué feo! Y me duele la uatita, quierejhh comer ?
        - Yha ma o meno.
        - Tonce nojhh vamo a toma el bou al tiro para el asaao, cachay.
        - !Claaaro, vaaamo po!”
Ce qui se traduirait en espagnol correct et complet par :
        “Ah que tiempo fresco aquí gilipollas.
        - Si, exactamente !qué feo! Y me duele el vientre, quieres comer ?
        - Si mas o menos.
        - Entonces, nos vamos a tomar el bus para el asado, entiendes ?
        - Vale, por supuesto que vamos.”

Bon, et la prochaine étape sera donc le blogue en chilien…?!
 

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Jeudi 27 mars 2008
Il y a des gens qui n'ont peur de rien dans ce monde, et notre chère Marine en fait partie ! Pour les peu chanceux qui ne la connaissent pas encore, je vous présente l'artiste qui est partie d'Uruguay, a traversé en bus l'Argentine et la Cordillère des Andes, bravant les changement d'heure décalés entre pays... pour... venir nous voir à Temuco !!!

Marine
c'est elle

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Marine, elle aime le cirque et la danse ; son passe temps favori : apprendre par coeur les chorégraphies des Claudettes puis les apprendre à ces copines pour faire de Lénaïc PARDON l'idole de TOUTES les filles de l'INA (et Dieu sais qu'il y en a beaucoup des filles à l'INA...) et l'idole des mecs aussi d'ailleurs !... Pour les malchanceux qui n'ont jamais vu en action la réincarnation de Cloclo ou simplement pour ceux qui rêvent de le revoir, surtout n'attendez plus ! C'est ici que ça se passe (cliquez ici).

Et oui, je suis en césure avec Cloclo (et Brad Pitt en même temps), si c'est pas la classe ça !

Mais ne nous égarons pas, revenons en Marine. Un autre de ses passe temps : prendre TOUT en photo, surtout les gens dans des situations communes et en faire des belles photos en jouant avec les ombres et  les COULEURS (Marine ADORE jouer avec les COULEURS).

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En voyant notre petite Marine venue illuminer quelques une de nos journées chiliennes descendre d'un "Bou" (ici, on dit pas Bus mais Bou vu que les chiliens ne prononcent JAMAIS les 'S' en fin de mot, ce qui peut parfois porter à confusion d'ailleurs : par exemple, quand on te dit : "No vamo", tu sais pas si il faut y aller ou pas... (NoS VamoS ou No vamoS)), donc en voyant notre petite Marine descendre d'un "Bou" à minuit après 48h de voyage, fraîche comme une fleur,
(une fleur fraîche comme ça)
flores.jpg on décide de l'emmener transpirer un peu.

Pas le temps de dormir bien longtemps donc et la voilà repartie sur les routes chiliennes, toujours aussi fraîche, joyeuse et belle :

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En route pour Malalcahuello où l'on rencontrera, entre autres, ces jolies fleurs jaunes !

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Dans la forêt de Malalcahuello (dites le plusieurs fois ce nom, au bout d'un moment ça rentre, si si !!), on rencontre aussi des bambous,

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des TRES GRANDS arbres (ou alors c'est Marine qui est très petite, je sais pas),

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BEAUCOUP d'Auraucarias, arbres typiques de l'Auraucania, région dans laquelle vivent la majorité des communautés Mapuches du Chili. Les 'pinones' de ces arbres composaient d'ailleurs la base de l'alimentation des mapuches, ils se cuisinent comme des châtaignes, et d'ailleurs, ça a le goût de ... châtaignes, c'est vraiment très bon !!

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Sinon, comme vous l'avez remarqué, on rencontre aussi Marine,

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Marine avec Brad Pitt et d'autres stars,

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(là, le signe bizarre que fait Marine, c'est pas qu'elle est en train d'éternuer ou qu'elle a envie de vomir, ça veut dire "!muy lindo!" (trop beau ! Super cool ! Génial) en Urugay, mais pas au Chili... : j'étais tellement contente d'avoir appris une nouvelle expression espagnole et le signe qui allait avec que je l'ai refait à un copain chilien... qui s'est bien foutu de ma gueule et n'a pas pu s'arrêter de rire pendant 2 minutes. Et au bout des 2 minutes, il a réussi à sortir quelques mots d'explication : "Ne refais jamais ça au Chili, ça se fait vraiment pas ici et tu sais faut pas essayer de trouver des analogies avec nos voisins Sud américains : oublie pas qu'il y a la cordillère entre nous !" Ok je vois...)

et ENCORE des volcans !!

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Voilà,
Merci Marine !!!

D'être venue nous rendre cette petite visite, et désolée pour le "Bou".
En effet, après ça, Marine a passé une journée entière à Versailles, clouée par ses courbatures, pendant que nous vagabondions sur le terrain avec nos amis anthropologues à la rencontre des mapuches et le soir, alors que nous étions si pressés de retrouver notre hôte, notre petit "Bou" est tombé en panne dans une grande côte... Nous avons donc bu la chicha (le cidre mapuche) LONGTEMPS chez le mécanicien en attendant la réparation tout en pensant à la pauvre Marine qui nous attendait chez nous...

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Mardi 18 mars 2008

Rien de tel qu’un retour aux sources chez les amis de Marianne, en pleine région mapuche, chez les artistes de Puerto.

Au bout de la route,

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vous trouverez une petite maison en bois, dans la petite maison en bois, une guitare, une table, des matelas et deux frères, Ronald et Nicolas, toujours heureux de vous accueillir pour refaire le monde en mangeant un peu, en buvant un peu plus. Le soir, la guitare tourne et chacun s’essaye tant bien que mal à la «musique expérimentale» de Ronald et la guitare finit sur la table et Ronald chante en frappant les cordes à l'aide de baguettes.

 Petite balade en image au village des artistes...


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La vieille femme sur la peinture représente une Machi (Chaman), qui incarne le lien entre les dieux de la Nature et les hommes dans chaque communauté mapuche. La dernière sculpture en bois n'est pas un lapin ! Elle est censée représenter l'un de nous deux... Si si ! Je vous laisse deviner...

Merci Marianne !

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Mardi 11 mars 2008

        « Les Mapuche sont les indigènes du Chili qui, chasseurs-cueilleurs à l’arrivée des Espagnols, ont résisté pendant 300 ans à l’envahisseur et vivent depuis ce temps-là d’une petite agriculture inspirée des techniques importées par les colons. » Voilà ce que nous croyions en arrivant ici il y a un mois et ce que beaucoup de Chiliens croient encore aujourd'hui. Et pourtant…

SANY2453-copia.JPG         Il existe un endroit de l’Araucanie, territoire des Mapuche situé tout autour de Temuco, où l’on peut trouver de bien étranges structures. Dispersées dans une large vallée, plusieurs centaines de petites collines faites de terre et de pierre et pouvant atteindre les 16 m de hauteur quadrillent le paysage. Nommées « kuels », ces formations construites par l’homme possèdent de multiples fonctions si l’on en croit les habitants locaux. Les femmes chamans mapuche, appelées machi, expliquent par exemple que ces monticules sont en fait des tombes où sont enterrés des grands personnages. La hauteur de la butte facilite alors la montée au ciel de l’âme du défunt, et c’est aussi sur ce lieu sacré que les machi effectuent leurs rituels traditionnels.

undefined       Ces monticules de terre pourraient apparaître comme de simples collines naturelles à l'oeil non averti, ou encore comme de simples tas de terre repoussée en bord de champs. Mais en les regardant d'un peu plus près, l’étude de ces élévations révèle que la construction des plus anciens kuels s’est effectuée avant l’arrivée des Espagnols vers 1550, et notamment en utilisant une terre provenant de lieux géographiques éloignés. La mise en place de ces buttes a donc dû demander un travail non négligeable. C’est alors ici qu’apparaît le mystère : si le peuple local préhispanique était bel et bien un peuple de chasseurs-cueilleurs, comment ces derniers ont-ils trouvé l’énergie et le temps pour construire ces monticules, et qui plus est à l'aide de terre transportée depuis des lieux bien précis et très éloignés, alors que la nourriture qu’ils collectaient leur fournissait juste l’énergie pour chasser le prochain repas ?

        La présence de ces kuels impliquerait donc que les Mapuche maîtrisaient la domestication des plantes, ce qui leur aurait permi de produire assez de nourriture pour s'organiser en sociétés sédentaires, pour mettre en place un travail collectif ou encore des rites pratiqués dans des lieux fixes. Et c’est en farfouillant dans les descriptions du conquistador Pedro de Valdivia, et en se plongeant dans les travaux d’anthropologues et d’historiens contemporains que l’on voit se redessiner peu à peu une Histoire oubliée des Mapuche. Selon cette nouvelle version, ce peuple maîtrisait en effet l’agriculture, et s’organisait en communautés regroupant plusieurs familles autour d’un ancêtre commun. Contrairement aux Incas du Pérou à l’organisation très centralisée, ces Mapuche constituaient donc un système original de « réseau dynamique » de communautés, indépendantes les unes des autres en temps de paix et d’abondance, et s’associant entre elles pour faire face aux difficultés dans les moments critiques comme la guerre ou la sécheresse.
        Dans ces moments-là, les chefs de communautés proches se regroupaient pour nommer un chef supérieur momentané, afin d’agir en coordination face au problème présent. Plus le problème était d’importance et concernait beaucoup de communautés, plus le regroupement était grand. Et lorsque la difficulté était résolue, les regroupements devenus inutiles disparaissaient d’eux-mêmes, et les pouvoirs se décentralisaient. Grâce à cette organisation dynamique, les Mapuche ont ainsi pu résister efficacement à la tentative d’invasion inca en 1450. Puis, alors que ces derniers n’ont pu résister plus de quelques jours aux armes de feu des Espagnols, les Mapuche ont réussi à empêcher leur avancée pendant trois siècles, car lorsqu’une communauté ou un chef tombait, le reste du réseau gardait la capacité de se réorganiser ou de renommer un chef.
        Par ailleurs, les kuels prouvant l’avancée de l’agriculture de cette société et son organisation, il n’est pas étonnant que ce soit dans cette vallée aux kuels qu’aient eu lieu justement les plus fortes résistances mapuche. Les anthropologues soupçonnent d’ailleurs ces buttes d’avoir hérité, lors de ces périodes de guerre, de nouvelles utilités ayant pu être déterminantes dans la résistance : les kuels auraient pu servir de repères géographiques parfaitement connu des Mapuche, et de points de vue panoramiques sur toute la vallée, leur permettant ainsi de se déplacer efficacement et d’anticiper les mouvements des Espagnols.
        Mais alors, à partir de quand les Mapuche se sont-ils mis à cultiver ? Et que cultivaient-ils ? Et comment ont-ils pu finir par perdre leur organisation sociale ? Nous ne le savons pas encore, mais nous comptons bien le découvrir avant de partir !
        En tous cas, demain nous retournerons sur le terrain (enfin !), pour déterminer les coordonnées GPS des plus grands kuels afin d'organiser le parcours que les touristes de luxe emprunteront lors de leur visite dans le futur parc ethnotouristique qui verra bientôt le jour dans cette vallée...
 

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Mercredi 5 mars 2008
Ah la montagne ! Quand on y goûte, on ne peut plus s'en passer ! Surtout ici !...
Nous voilà donc repartis, pleins d'énergie, près à affronter la célèbre ascension du volcan Villarica, situé à l'entrée de la Cordillère, à l'Est de Temuco. C'est donc à Pucón, petite ville située aux pied du volcan et aux berges du lac Villarica, que nous passerons le Week End. A Pucón, on ne se sent plus du tout étrangers comme à Temuco : cette petite station de ski grouille de touristes venus de partout, ça parle Anglais et Français dans tous les coins.

Petite session stop et marche pour explorer les environs de Pucón, ses résurgences de sources d'eau pure, le lago Caburga dont l'eau est si douce (les gens ici disent que l'eau est tellement pure qu'on peut la boire), tout ça en goûtant les fruits que Mère Nature nous offre sur le chemin...

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On retiendra de Pucón son ambiance cosmopolite, son petit port mignonnet, sa vue imprenable sur le volcan à chaque coin de rue, et surtout cette petite auberge/resto végétarienne, repaire des travelers à gros sacs venus de tous pays parcourir l'Amérique du Sud et où dans la salle de bain, on te conseille de prendre ta douche avec un ami pour économiser l'eau si précieuse ici... (Si si, véridique).

Devant...
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derrière.

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(Non, cette photo n'est pas truquée !...)

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Mais trève de plaisanteries, il est temps de passer aux choses sérieuses ! On est quand même venus là pour ça : l'ascension du Villarica. Et cette ascension ne se fait pas à la légère, il faut chausser crampons et piolets pour arriver jusqu'en haut et bien entendu, tout ça ne se fait pas sans guide. C'est donc dans une agence tenue par des Français plutôt très cools, parlant un espagnol avec un accent français à couper au couteau ("¿Hola euuu, como estan euuu ?") que nous avons trouvé tout ça. Nous voilà donc partis, dimanche matin 7h, mochila sur le dos, chargés de tout le matos du parfait alpiniste, suivant nos guides préférés. Et ils ne font pas ça à moitié nos chers Français : un guide pour 3 ! Mais on se rendra compte plus tard de la necessité de cette précaution... Nos guides sont Chiliens et comme notre groupe est plutôt très cosmopolite, ils parlent un anglais à l'accent chilien assez sympatique. Mais au cours de l'ascension, ils se rendent quand même compte qu'on ne leur répond qu'en espagnol avec Lénaïc, c'est donc en Chilien (qui soit dit en passant n'a pas grand chose à voir avec la langue d'Espagne) que notre guide attitré nous décrira le paysage qui nous entoure.

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Oui oui, c'est bien de la fumée qui sort du cratère : c'est la lave qui bout au fond... Oui oui, c'est bien là haut qu'on va...

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Parfois, il faut faire attention où on met les pieds...

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Mais les crampons et le piolet, c'est pas fait que pour frimer sur les photos : plus on avance, plus ça monte... et plus c'est gelé...

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Sur la fin d'ailleurs, c'est tellement raide et tellement gelé qu'on n'a plus du tout la tête à prendre des photos... On se répète intérieurement les instructions de notre super guide qu'on trouvait plutôt drôles et inutiles quand il nous les a données : "Si vous glissez, ne plantez pas vos crampons dans la glace, vous risqueriez de vous casser une jambe mais plantez votre piolet dans la glace pour stopper votre chute, et surtout, ne lâchez jamais votre piolet ! Sinon,..."  C'est donc les mains crispées sur mon piolet que je suis le plus docilement du monde les pas du guide, suivie de près par Lénaïc qui gambade comme un lapin, après avoir menacé de ne pas pouvoir monter jusqu'à la neige (résultat, il gambade tellement qu'on se retrouve dans le groupe des "forts" devant, donc si on tombe, on fait tomber tout le monde derrière...). J'expérimenterai une petite glissade quand même (ben fallait bien essayer...), manquant d'embarquer Lénaïc avec moi. Mais tout est bien qui finit bien, à force d'adrélanie, on arrive à tout :

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Cratère fumant et vue panoramique à 360° sur la Cordillère, l'Argentine et la plaine chilienne : c'est la récompense bien méritée d'un tel effort. crater2.jpg
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La descente est beaucoup plus fun : elle se fait... en luge... Si si ! Et au fond d'une mini crevasse... Si si ! Avec le piolet en guise de frein. "Surtout n'oubliez pas : ne lachez JAMAIS votre piolet !" T'inquiètes, on le tient bien. "Ladies first !" me lance le guide. Ah la galanterie... "No gracias, adelante, tomaré fotos..."

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On se croirait dans un IMMENSE toboggan de piscine ! Mais en tellement mieux et tellement plus long !...

Voilà, ce sera ensuite non sans regrets que l'on déclinera l'invitation de notre guide à son barbecue d'anniversaire (ben oui, on a un bus à prendre) après les "cervezas" bien méritées qu'il nous offre sur la terrasse de l'agence, avec vue imprenable sur le volcan. Elle est pas belle la vie ?

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Mercredi 27 février 2008
  Je ne suis pas sûre que même au bout de 6 mois, on puisse répondre correctement à Monique en lui expliquant ce qu'est le "vrai Chili" mais ce qui est déjà sûr, c'est que le Chili, c'est incontestablement beaucoup de montagne... Alors accrochez-vous, petit voyage dans la cordillère des Andes, direction Yerba loca, un parc somptueux nommé "l'herbe folle" (j'ai toujours pas compris pourquoi d'ailleurs, vous verrez, c'est pas l'herbe qui abonde à cette altitude...) à deux pas de Santiago de Chile.
Mais Yerba loca, ça se mérite ! Pour atteindre l'entrée du parc, il faut faire du stop (hacer dedo) pour une petite heure de route dans les lacets qui n'en finissent pas de monter, augmentant le vide du bord de route a chaque virage. Et c'est à l'arrière d'un pick-up que ça se passe, nous voilà donc embarqués, 7 frenchies (tous les autres de Santiago et dont vous reconaîtrez certains : ah la césure, on retrouve toujours des INAPEGiens à l'autre bout du monde) et nos sacs pour 2 jours de marche, dans la remorque d'un gros 4x4 lancé à fond sur cette si jolie route... (Pas de photos pour ne pas heurter les âmes sensibles...).

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C'est ici que l'aventure commence, le but du jeu : marcher jusqu'à la neige là bas au fond, campement prévu sous la tente... à 3000 m d'altitude... Puis montée jusqu'au glacier le lendemain matin : QUE DU BONHEUR !

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Des rencontres locales au fil du sentier

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Puis, comme souvent en montagne, le ciel se couvre vers 16h. Pas de problème quand on est équipé mais là ce n'est pas le cas de tout le monde donc on accélère le pas pour arriver au campement planter la tente avant la pluie...

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Au campement, deux Chiliens, les deux seuls campeurs d'ailleurs, nous expliquent où et comment planter la tente si on veux minimiser le froid cette nuit...

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et également comment faire du feu en ramassant le crottin de cheval qu'il y a partout autour

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Bon, évidement, on n'y arrive pas, l'air est trop humide, et la pluie, la vraie, arrive à grands pas donc voilà l'état du campement quand on se réfugie dans la tente mais on est quand même super contents d'avoir essayé et d'avoir tous mis les mains dans le crottin !

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Nuit plutôt très très fraîche mais le lendemain matin, réveillés par les chevaux venus brouter l'herbe moins gelée autour des tentes, on a le plaisir de découvrir que les nuages sont partis et encore une fois, l'effort est donc récompensé...

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A ben oui les filles, c'est joli les petits ponchos argentins, mais à 3000, ça tient pas si chaud que ça...

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Quel plaisir de laisser les sacs au campement, et de monter, encore, encore... Bon, à cet altitude, tu te rends vite compte que tu n'as plus toutes tes capacités respiratoires... Mais il suffit de prendre un rythme TRES TRES LENT (attention private joke : Fabien et M...... , vous voyez, en fait, dans l'île du Sud, je ne faisais que m'entraîner pour le Chili !) et ça monte tout seul. Même pas besoin cette fois-ci de mâcher des feuilles de Coca comme on nous l'avait conseillé ! Ce sera pour une prochaine fois, encore plus haut...

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Contentes d'arriver les filles ?

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Ok, on s'arrêtera là, de toutes façons,ça nous fera trop si on voit des paysages encore plus beaux plus haut !... Altitude finale donc : 3 800 m environ, pas mal pour une première !

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Et puis il faut penser à redescendre quand même, c'est bien beau tout ça mais on a des Pick-up à arrêter !

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Parfois, le chemin se perd un peu... On devine qu'il faut traverser la rivière... Bon, ça paraît facile comme ça, mais pour ceux qui portent les tentes et l'eau dans leur GROS sacs, c'est pas la même histoire... Bref, photo de ma réception censurée...

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C'est donc avec des images plein les yeux et avec le sourire qui ne s'effacera pas de si tôt sur nos lèvres qu'on reprend notre mode de transport maintenant préféré et définitivement adopté.

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Vendredi 22 février 2008
        Nous sommes actuellement assis face à nos écrans, dans le salon de l’appartement 1004 de l’Edificio Versalles, Calle Francia à Temuco. Et que fait-on rue de la France, et à Versailles qui plus est ?! Et bien tout naturellement ce que nous pourrions faire depuis la France : des fouilles électro-archéologiques. Nous avons effectivement pour mission de reprendre l’Histoire du Chili depuis l’arrivée des premiers Hommes afin de comprendre quels échanges ont eu lieu entre les gens de cette terre chilienne, les Mapuche, et les Incas venus du Nord pour les conquérir en 1450, puis les Espagnols arrivés à leur tour 70 ans plus tard.
        Et même si cela s’avère plutôt passionnant, Bout' (qui préfère garder l'annonymat) relève la tête de temps en temps, remarquant que, quand même, au Chili, ce serait plus sympa d’aller parler espagnol avec des Chiliens au soleil, plutôt que de rester enfermés à Versailles… Hum, oui c’est vrai ça. À l’origine nous étions d’ailleurs venus là pour rencontrer les Mapuche en vrai de vrai, afin de poursuivre avec eux un projet de développement agricole déjà en marche.
        Mais voilà, il faut bien le dire, notre maître de stage s’est fait licencié quelques temps avant notre arrivée. Oui, une histoire sordide de détournement d’ordinateurs. Ah, la césure… Heureusement pour nous, un de ses collègues de l’Université de Temuco a accepté de s’occuper de nous. Mais même s’il travaille lui aussi avec les Mapuche, il s’occupe d’un projet de parc éthno-touristique dont la philosophie nous paraît pour le moment légèrement douteuse. Mais bon, nous recherchons toutes ces informations, en attendant d’y voir plus clair, et en espérant que l’on pourra un jour parler espagnol pour de vrai avec des vrais chiliens, ce serait formidable !
        Mais d’ailleurs, comme tu as pu le remarquer dans l’article précédent, à peine arrivés à Temuco après 35 heures de voyage, à peine entrés dans l’appartement 5 étoiles que Marianne nous avait gardé, et avant même de savoir quel destin nous attendait pour ce stage, nous étions en fait déjà partis sur la côte Pacifique, à Puerto Saavedra, pour passer la fin de semaine chez des amis chiliens de Marianne.
        Une maison de bois toute simple, toute vide, un peu humide. Une douche froide. Et la vie de bohème de deux frères poètes et musiciens qui nous ont plongé directement dans le vrai Chili. Et en toute simplicité, nous avons alors tenté de décrypter l’accent local, nous avons pu goûter au célèbre Maté et à ce fameux rouge Casillero del Diablo, si photogénique, produit un peu plus au Nord. Tout cela sur les plages de sable noir de l’Océan.
        Bon, aller, on y retournera !

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Dimanche 17 février 2008

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