!Hola companeros!
Malgré ce long silence, nous nous portons très bien ! Comme vous vous en doutez, nous continuons de faire des choses extraordinaires, par exemple en ce moment, Lénaïc ne boit plus que du
maté pendant que je fais ma cure de raisin annuelle… Bon, normalement, la cure de raisin, c’est à l’automne à la saison du raisin et quand il n’est pas cher mais j’avais pris un peu de retard car
voilà maintenant un an que j’enchaîne printemps-été (France), printemps-été (Nouvelle Zélande) puis été (Chili). Donc voilà enfin un automne chilien avec une pluie timide qui commence à se
montrer tout doucement et du raison en abondance à moins de 30 centimes d’euros le kilo… Le moment idéal donc pour faire une petite cure pas chère… (Pour l’explication de ce qu’est le maté, je
n’aurais pas la prétention de la donner ici : je vous conseille vivement de consulter le blog de Marine et Pauline en Uruguay (cliquez ici)
: impossible de trouver un exposé plus clair sur le maté !) Et pendant ce temps, nous nous parlons toujours en Espagnol, plus un mot de Français, plus jamais, c’est fini ! (J’en
viens à me demander si on arrivera à se reparler Français un jour…).
Ouais, je vous vois venir là : « Mais il sont FOUS ces deux là ! » Ben peut-être bien… Mais comme le dit si bien Paulo Coelho dans Véronica décide de mourir (livre
bouleversant que je conseille à tous en passant), difficile de savoir qui sont les réels fous dans ce monde… Mais je m’égare là, le but n’était pas de vous entraîner dans mes digressions
philosophiques mais de vous conter ce qu’il se passe de merveilleux dans notre vie chilienne.
Je m’exécute donc en commençant par expliquer ce titre étrange : « Nguillatun » (avec un accent sur le u normalement). Mais c’est quoi ce mot bizarre ?... Ethymologiquement,
« tun » avec l’accent sur le u signifie réunion, cérémonie en mapudungun, la langue des mapuches (qu’ils ne parlent plus d’ailleurs, à part quelques anciens) et « Nguilla »,
ben je sais pas, désolée…
Mais qu’est ce que c’est un Nguillatun ? Et bien un Nguillatun, c’est une cérémonie mapuche, la cérémonie la plus importante de l’année, pendant laquelle les communautés voisines se
réunissent pour demander aux dieux de la nature des bonnes récoltes pour l’année à venir : pluie, fertilité de la terre, bon ensoleillement, fertilité des animaux, etc. C’est une cérémonie
plutôt fermée mais les membres de la communauté peuvent inviter des personnes extérieures aux communautés (invitations limitées). Et par une cascade d’événements qui a pris naissance dans un bus
en revenant de l’ascension du volcan à Pucon (morale de l’histoire : ne jamais hésiter à taper la causette à ton voisin de bus, même si t’as la flemme et que t’as envie de dormir…), me voilà
invitée à un Nguillatun…
Petite parenthèse sur le voisin de bus quand même : il s’appelle Milton, a vécu un an en France donc après m’avoir laissé lutter désespérément pour tenir une conversation avec les 3 mots de
vocabulaire espagnol que j’avais alors, il s’est décidé à me dire avec un petit sourire et un Français parfait, « Tu sais, moi aussi je parle français ! ». Bon,
depuis, on ne le quitte presque plus, il nous a bien aidé à nous plonger dans la vie étudiante et nocturne de Temuco et à son grand désespoir, on refuse de lui parler Français, jejeje (rire écrit
en espagnol).
Mais revenons en au Nguillatun, comment ça se passe ?
Et bien déjà, il faut prendre une voiture (merci aux gens qui invitent et qui en plus ont une voiture…) et aller très loin dans la campagne, dans un lieu bien paumé… Et là, quand tu te dis que
vraiment il ne peut rien se passer par là, et bien tu te rends vite compte que tu te trompes… Te voilà nez-à-nez avec « un monton » de gens réunis au milieu d’un cercle formé de petites
cabanes de bois et branches construites pour l’occasion (« un monton » = beaucoup, mais vraiment PLEIN, on aime beaucoup ce mot avec Lénaïc car il rebondit, c’est très marrant à
dire : ça se dit pas ‘hein monton’ à la française mais ‘oun monton’ en rebondissant sur les ‘o’, ouais bref j’me comprends…). Donc « un monton » de gens sont là à danser devant un
totem fait de bois, de branches d’arbres sacrés et de drapeaux des communautés plus un drapeau noir pour demander la pluie au pied duquel se trouve la machi. Plutôt impressionnant.
Mais on n’entre pas comme ça dans le site, il faut montrer patte blanche et se présenter (ou se faire présenter dans mon cas) au chef de la communauté qui accueille le Nguillatun sur ses terres.
Le chef, comme tous les hommes importants de la communauté porte un bandeau de laine et un poncho comme tout le monde, il s’avance vers toi un peu intrigué au début, (mais qu’est-ce qu’elle vient
faire là cette gringa ?) mais une fois les présentations faites, il se déride et accepte de t'accueillir dans le Nguillatun en te peingnant une trace blanche sur une joue (qui symbolise le
beau temps) et une trace noire sur l’autre joue (qui symbolise la pluie). Vous pouvez faire le rapprochement avec le Ying et le Yang si vous voulez comme deux notions complémentaires et vous
demander si il y a un lien et vous prendre la tête comme moi, en tous cas, ce que je peux vous dire c’est que la peinture est faite à base de farine et d’eau (la meilleure recette pas chère pour
la colle, bien connue de tous les militants poseurs d’affiches de campagne ; pour les affiches, un petit truc de grand-mère (non c’est pas ma grand-mère qui m’a donné cette recette je
vous rassure) : vous pouvez aussi ajouter du verre pilé à la mixture pour décourager les arracheurs d’affiches, ben oui, c’est pas super agréable de se faire déchirer les bouts des doigts,
surtout que c’est sensible le bout des doigts…) bref la peinture faite à base de farine et d’eau et ben ça colle ! Donc ça arrache bien les poils pendant la journée... Je sens que je vais
jamais arriver au bout de cet article qui est déjà interminable… Et puis je peux même pas mettre des photos pour aérer pasque pas question de prendre de photos, ce serait voler l’âme du village
et de leurs dieux et je vous avoue qu’en unique gringa blonde de l’assemblée, j’avais plus envie de passer inaperçue que de sortir mon appareil pour voler l'âme du village... (en vrai, l’idée de
prendre des photos ne m’était même pas trop venue à l’esprit, j’avais plutôt envie de profiter de l’atmosphère de tout ça).
Bon mais je vais quand même mettre des photos pour les gens qui sont arrivés jusque là (Bravo à eux !…) donc je m’autorise à utiliser google image pour une fois (ben si, c’est la première
fois ! Quoi, vous n’y croyez pas au Puma qui nous a sauté dessus ? Ben vous devriez surtout savoir qu’ensuite, Lénaïc nous a sauvé en l’étranglant à mains nues puis lui a arraché le
cœur encore battant avec les dents !)
Bon alors c’était pas du tout comme ça : on était tous regroupés au centre et des chevaux tournaient autour de nous et à la fin, quand la machi entre en transe pour communiquer avec les esprits,
les cavaliers tournent de plus en plus vite autour de l’assemblée et avec le muday (alcool de blé) et autres substances qui circulent pendant la cérémonie, (ben oui, faut bien s’hydrater !),
tout ça est vraiment très fort et donne un peu le tournis…
Là, la femme à droite pourrait bien être une machi avec son petit tambour (vous me direz celle de gauche aussi mais elle, elle me paraît un peu jeune…). En plus, les femmes portaient des bijoux
qu’on ne voit pas sur cette photo : des colliers et bandeaux faits d’ENORMES pièces d’argent qui doivent peser 3 tonnes et font un bruit d’enfer dès qu’elles font un mouvement. Un jour
Lénaïc vous expliquera l’origine de ces bijoux car là il faut vraiment que j’écourte…
Le Nguillatun dure environ 3 jours et le dernier jour, après la cérémonie, a lieu le partage de nourriture entre les communautés. Et comme c’était le dernier jour de la cérémonie, j’ai donc eu la
chance (?) de participer à ça. Chaque famille a construit sa cabane en bois devant laquelle un « asado » (« asao » en chilien : souvenez-vous, on ne prononce JAMAIS
l’avant-dernière lettre d’un mot si c’est un consonne entre deux voyelles), un barbecue a fonctionné toute la matinée. La fille qui nous a invité était elle même invitée dans une famille donc de
ce fait nous aussi, nous nous asseyons donc à table dans une cabane et nous nous laissons servir : une ENORME assiette de « casuela », le plat typique d’ici (légumes et viande dans
un bouillon et beaucoup de feuilles de coriandre), avec 2 gros morceaux de porc. Je me souviens donc de ce que Milton m’a dit : surtout, tu ne refuses rien de ce qu'on t'offre ! Donc nous
mangeons tout. Une fois que nous avons fini, un homme nous lance : « ce n’est que l’entrée ! » « !Jejeje, que broma! ». Mais il se trouve que ce n’est pas du tout
une blague ! Je regarde ébaillie l’assiette suivante arriver : deux énormes morceaux de bœuf (mais quand je dis énorme c’est vraiment énorme genre l’équivalent d’une petite côte de
bœuf…) au milieu de divers légumes verts et patates. Puis une troisième assiette arrive (si si !) : du cheval cette fois si je me souviens bien, et là, vue le regard désespéré que
je lance à Milton (invité aussi), il me tend un sac en plastique : « Tiens, t’en ramèneras à la maison». Sauvée donc, c’est pas que j’aime pas la viande mais on a tous nos limites… Tout
ça arrosé abondamment de Chicha et de vin bien évidemment… Le plus drôle, c’est qu’en se traînant tant bien que mal hors de la cabane, Milton me glisse à l’oreille : « Il y a encore 2
invitations ! » ??Que?? !O no!, !no puede ser!... Et ben si, on remet encore ça 2 fois mais je vous rassure, tout le monde a recouru à son doggy bag… A si y avait encore plus
drôle : une des autres gringas (pas blonde) invitées avec moi était une allemande… végétarienne. Je trouve ça vraiment très drôle, bon elle un peu moins…
Et pour digérer tout ça, j’ai même eu droit à un petit tour à cheval dans la campagne environnante à force de regarder pendant un quart d’heure avec des yeux de gamine un superbe cheval noir… Son
propriétaire a fini par me demander : « Tu sais monter ? » « Heu, peut-être… »
Et voilà, cet article se termine enfin, heureusement qu’il n’y en a pas un tous les jours… Mais rassurez-vous, le prochain sera sûrement dans un mois et il n’y aura que des photos, ça vous laisse
le temps de lire tout ça.
Une superbe expérience en tous cas : c’est bien beau de lire des choses dans les livres mais c’est autre chose de les vivre… Ou comment en apprendre plus sur la culture Mapuche en un jour
que depuis les 2 mois passés ici ?
Une petite note de réalisme tout de même : si la plupart des communautés mapuches continuent à célébrer le Nguillatun, cette fête devient de plus en plus une des dernières cérémonies encore
célébrées. Nous nous rendons malheureusement compte que la culture mapuche s'éteint doucement avec ce peuple dont les droits et les terres ne sont toujours pas reconnus malgré des années de lutte
et de revendication et avec l'influence d'autres religions amenées par les colons. Par exemple, dans une des communautés dans laquelle nous sommes allées, plus de 50% de la population est
évangéliste et considère les kueles et toutes les croyances qui y sont attachées comme sataniques.
!Hasta luego!